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Le carnet de Colette Braeckman: Journalistes dans la ligne de tir et critiques de Human Rights Watch
By admin | November 27, 2008
A Bukavu comme dans le reste du Congo, l’assassinat de Didace Namujimbo, journaliste à Radio Okapi, a suscité une vive émotion. Son frère Déo, journaliste lui aussi (et dont Le Soir a quelquefois publié des reportages transmis par Info Sud) a déclaré : « tous les journalistes se sentent menacés. L’enquête sur le meurtre de Serge Maheshe, un autre journaliste de la radio de l’ONU, n’a rien donné. Il y a quatre jours, le chauffeur d’une radio locale a été poignardé. Avant-hier soir un journaliste a été sauvé de justesse, mais ses agresseurs lui ont sifflé «vous parlez trop ! Vous devez vous occuper de vos affaires… »
En 18 mois, 6 journalistes congolais ont été assassinés, ainsi que des militants des droits de l’homme comme Pascal Kabungulu, à Bukavu toujours, ou des hommes d’affaires, comme à Goma Albert Ngezayo, spécialiste du parc des Virunga ou à Beni le Belge Jean Duvigneaud, pour ne citer que les victimes les plus connues. A chaque fois, le meurtre s’est chaque fois déroulé sur le même mode : des hommes en armes commettent le crime, les informations qui se dégagent des procès demeurent sujettes à caution, et, in fine, le mystère n’est jamais éclairci. Et à chaque fois aussi, les mobiles qui sous tendent le crime se ressemblent : trop de curiosité dans le cas des journalistes enquêtant sur des sujets sensibles, ou des litiges d’ordre économique avec des « gros bonnets » dans le cas des hommes d’affaires…A Bukavu, à Goma mais aussi à Kinshasa, l’opinion constate avec inquiétude que dans le « nouveau Congo », «on tue désormais les gens dans la rue» alors que du temps de Mobutu, de tels crimes étaient plutôt rares et surtout qu’ils étaient le plus souvent commis par les « Hiboux », membres de la Division spéciale présidentielle.
Comment concilier ces assassinats, qui semblent être d’origine mafieuse ou politique, avec l’état de droit dont les élections de 2006 auraient du marquer la naissance, avec « la fin de la récréation » solennellement annoncée par le président le jour de son investiture ?
L’organisation de défense des droits de l’homme Human Rights Watch porte un jugement très dur sur les deux années qui ont suivi les élections, dans un rapport publié à Kinshasa, et qui sera un nouveau coup pour le régime, déjà ébranlé par la crise à l’Est, la chute des cours des matières premières et le “désamour” des Occidentaux à la suite des contrats chinois… qui ne sont toujours pas exécutés.
Pour HRW, « non seulement la transition démocratique est fragile, mais le gouvernement nouvellement élu restreint brutalement l’espace démocratique », ajoutant que « le gouvernement du président Joseph Kabila a commencé à utiliser la violence et l’intimidation pour éliminer ses opposants politiques dès le lendemain du premier tour peu concluant des élections, en juillet-août 2006. »
Les enquêteurs de Human Rights Watch se sont concentrés sur les premiers épisodes de la violence, où le chef de l’Etat, craignant peut-être de perdre le pouvoir à la suite d’un coup de force, aurait lui-même « donné le ton » de la répression et de l’usage de la force. HRW revient sur les évènements d’août 2006 et de mars 2007, où Kinshasa fut le théâtre d’une véritable guerre, livrée contre Jean-Pierre Bemba, le rival de Kabila à l’élection présidentielle, qui avait gardé autour de lui des gardes indisciplinés et brutaux.
Confirmant les rapports publiés à l’époque par la Monuc HRW relève que « l’utilisation d’armes lourdes au centre de Kinshasa a fait des centaines de victimes et de nombreux blessés parmi les civils ». L’organisation revient aussi sur les évènements survenus dans le Bas Congo, en février 2007 et mars 2008 et reconnaît que le BDK s’était allié avec Bemba et que ses hommes, avec les gardes du corps de l’ancien vice président, avaient commis des actes de violence.
En mars 2007 la police et les militaires ont tué 104 civils, et un an plus tard, dans une tentative pour anéantir le mouvement ce sont plus de 200 partisans du BDK qui ont été tués et leurs lieux de réunion systématiquement détruits. L’organisation, témoignages à l’appui, décrit ce qui avait déjà été dénoncé à l’époque comme un usage disproportionné de la force, mais ne revient pas sur les déclarations gouvernementales qui dénonçaient des tentatives de déstabilisation menées au Bas Congo. A la lumière de ce qui se passe aujourd’hui au Kivu, où les autorités légales se voient instamment priées de discuter avec un Nkunda qui s’est maintes fois mis hors la loi, la question de la déstabilisation, à l’époque déjà, aurait mérité d’être posée…
Cela étant, un Etat qui se veut de droit doit puiser sa légitimité dans le respect des règles et en cela l’emporter moralement sur ses adversaires. Or des témoignages nous parviennent régulièrement, faisant état de lieux de détention secrets à Goma, de tortures et de mauvais traitements dans les prisons de Kinshasa ou du Katanga, de corps jetés dans le fleuve ou enterrés en secret… Bien souvent, les argumentations, officieuses ou officielles font état de «complots contre le chef de l’ Etat », de « tentatives de déstabilisation ». Même si ces informations devaient se confirmer (et la situation du Kivu abonde dans ce sens…)elles ne justifieraient pas les abus et les violences et les défenseurs des droits de l’homme redoutent désormais des pratiques qui rappellent l’époque Mobutu. Les Hiboux, de sinistre mémoire, auraient ils rescuscité ou simplement repris du service?
Topics: Evénements |

November 29th, 2008 at 4:04 pm
Nice post u have here :D Added to my RSS reader